Approche sémiologique

 

La sémiologie théâtrale : ou comment Sherlock Holmes s’invite sur scène

Mesdames et Messieurs, bienvenue dans le monde merveilleux de la sémiologie théâtrale, où chaque rideau, chaque éclairage et chaque soupir d’acteur est un indice à analyser. Si vous pensiez que le théâtre se résumait à « dire son texte et ne pas tomber dans les coulisses », détrompez-vous ! Ici, tout est signe, tout fait sens… et c’est notre mission de le décoder.

1. Mais c’est quoi cette histoire de signes ?

La sémiologie, c’est la science des signes. Elle s’intéresse à comment le sens est produit dans un spectacle, et non juste à « ce que ça veut dire ».

Saussure et Peirce, nos vieux sages linguistes, ont lancé l’idée : chaque chose visible ou audible sur scène est un signe qui communique un message. Exemple : une lumière rouge ? Danger, passion ou panne d’ampoule ? Tout dépend du contexte.

2. Un spectacle, une enquête en plusieurs étapes

La sémiologie théâtrale analyse le chemin du sens, du script à votre cerveau :
Texte dramatique → le metteur en scène y met sa sauce → les comédiens l’incarnent → le spectateur interprète → le sens est né !

Bref, entre le texte, la mise en scène et votre propre imagination, tout le monde met son grain de sel dans la recette finale.

3. Pourquoi c’est cool (et pas juste un truc de vieux barbus) ?

  • Ça permet de comprendre pourquoi une mise en scène nous touche ou nous échappe complètement.
  • Ça évite de dire « j’ai rien compris » en sortant d’une pièce expérimentale… et de pouvoir briller en société avec des phrases comme : « La symbolique des costumes m’a paru interroger le rapport entre identité et artifice » (effet garanti).
  • Ça aide à jouer mieux : comprendre comment son propre jeu est perçu, c’est le début du génie.

 


Sémiologie ou sémiotique ? Quand les linguistes s’embrouillent et que le théâtre s’en mêle

Vous pensiez que le théâtre, c’était déjà bien compliqué avec les alexandrins et les décors qui tombent au mauvais moment ? Eh bien, les théoriciens du signe ont décidé de rajouter une couche avec un débat digne d’un duel shakespearien : sémiologie ou sémiotique ?

1. Deux clans, deux visions du signe

D’un côté, Saussure, le linguiste suisse, nous dit que le signe, c’est un duo inséparable :

  • Le signifiant (le son, l’image du mot)
  • Le signifié (le concept qu’il évoque)

De l’autre, Peirce, le philosophe américain, trouve que c’est un peu léger et rajoute un troisième élément :

  • Le référent, c’est-à-dire l’objet réel auquel le signe renvoie (oui, la vraie chose, pas juste l’idée qu’on s’en fait).

Vous suivez toujours ? Parce que ce n’est pas fini.

 

2. Greimas met tout le monde d’accord… ou pas

Arrive Greimas, qui tente de ranger ce joyeux bazar. Problème : il décide que la sémiotique, c’est pour Saussure, et que la sémiologie, c’est pour Peirce. Soit l’inverse de ce que tout le monde pensait. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Résultat :

  • La sémiotique s’intéresse aux structures profondes du sens, aux mécanismes invisibles qui le produisent.
  • La sémiologie, elle, analyse les signes en surface, leur perception et leur organisation dans un cadre précis, comme… le théâtre !

3. Et le théâtre dans tout ça ?

Si l’on suit Greimas, le théâtre n’est qu’une manifestation discursive extérieure, donc pas très intéressante pour lui. Mais pour nous, pauvres comédiens et metteurs en scène, impossible d’ignorer ce qui se passe sur scène !

Pourquoi ? Parce que le théâtre est un art syncrétique : il mélange plusieurs langages (espace, texte, gestuelle, musique…). On ne peut donc pas se contenter d’analyser une seule de ces dimensions, il faut tout prendre en compte.

 


La sémiologie théâtrale : une aventure à la recherche du sens perdu

Les premiers sémiologues théâtraux, tout excités avec leurs gros concepts et leurs cahiers bien remplis, ont décidé de démonter le théâtre comme une vieille montre pour en comprendre les rouages. Mais spoiler alert : le théâtre, ce n’est pas une horloge suisse, c’est plutôt un bazar vivant et dynamique où rien n’est figé !

1. À la recherche du signe minimal : mission impossible !

Les linguistes ont réussi à découper la langue en petites unités. Facile, non ? Du coup, les sémiologues ont voulu faire pareil avec le théâtre. Erreur fatale ! Le théâtre, ce n’est pas un texte avec des mots bien rangés, c’est un déluge d’images, de sons, de mouvements et de bruitages. Découper ça, c’est comme vouloir analyser une vague en mesurant chaque goutte d’eau. Spoiler : ça ne fonctionne pas.

2. Des signes fixes ? Que dalle !

Ils ont voulu séparer les signes fixes (décors) des signes mobiles (acteurs). Mais aujourd’hui, tout bouge, se transforme, se fond. Les décors se métamorphosent, les acteurs se transforment en partie du décor, et les vidéos viennent tout brouiller. Bref, tout le monde danse dans le même espace.

3. La leçon à retenir :

Le théâtre ne peut pas être réduit à des unités élémentaires. Tout est dans le global, pas dans les petites cases. C’est comme un puzzle géant où il faut regarder le tableau entier avant de savoir à quoi servent les pièces.

4. Les signes ? Laissez-les vivre !

Arrêtez de ficher les signes ! Le théâtre n’est pas une collection de petites boîtes (icônes, symboles, index… vous connaissez la chanson). C’est un spectacle vivant où chaque élément (décor, costume, lumière, geste) participe à créer du sens. Au lieu de coller une étiquette à chaque chose, regardez comment tout s’organise et interagit sous vos yeux.

5.Le théâtre, une machine ? Non, merci !

Roland Barthes a dit que le théâtre était une machine cybernétique envoyant des messages simultanés. OK, mais non !Certes, il y a un flot d’informations, mais ce n’est pas pour autant un système à décoder comme un manuel. Le théâtre est vivant, il est interprété, nuancé, et il ne se réduit pas à une simple équation signifiant-signifié. C’est un cocktail explosif d’émotions et de sens !

6.Le théâtre : une recette universelle ? Très peu pour nous !

Les sémiologues ont voulu appliquer des modèles trop rigides et trop généraux (Propp, Greimas…), mais cela ne fait que réduire le théâtre à une mécanique sans âme. Et hop, on obtient des pièces qui se ressemblent toutes ! Le vrai secret ? Chaque spectacle est unique et dépend de l’interprétation du spectateur. Le théâtre n’est pas une recette, c’est un terrain d’exploration où chaque spectateur devient son propre détective.

7. Le fétichisme du code : stop à la liste !

Certains ont voulu cataloguer les codes théâtraux comme s’ils étaient un manuel secret. Mais non ! Le théâtre ne fonctionne pas avec un code universel figé. Chaque spectacle crée ses propres codes, qui évoluent pendant la représentation. Et c’est le spectateur, en tant qu’interprète, qui décide comment lire les éléments de la scène. Le code n’est pas une règle, c’est un processus créatif qui se construit sur le moment.


Les nouvelles tendances en sémiologie théâtrale : le retour à l'essentiel, avec une touche de modernité !

Les théoriciens de la sémiologie théâtrale, après avoir tenté de monter un plan parfaitement huilé (qui finissait toujours par bugguer à cause de son abstraction un peu trop ambitieuse), ont finalement compris une chose fondamentale : le théâtre, c’est pas un logiciel à déchiffrer, c’est une expérience vivante à observer ! Et là, retour aux sources, comme les pionniers du Cercle linguistique de Prague (merci Honszl et ses amis) qui se sont dit : "Et si on arrêtait de trop intellectualiser et qu’on se contentait d’étudier les trucs dans leur contexte réel ?"

A. Mise en scène et sémiologie : l’ère de l’action !

Les premières tentatives sémiologiques ressemblaient à une tentative de régler un moteur en décomposant chaque vis, ce qui faisait un peu oublier l’essence du théâtre : l’action et la perception directe. Maintenant, la mise en scène devient une sorte de « sémiologie en action ». L'idée, c’est que le travail du metteur en scène efface parfois les traces de ses efforts, mais chaque geste, chaque choix de lumière, chaque mouvement de décor sont réfléchis pour délivrer un message cohérent. En gros, les metteurs en scène comme Demarcy ou Régy font de la sémiologie sans le dire vraiment, mais avec une attention de chirurgien aux détails : diction, gestes, musique et décor se répondent comme un ensemble bien huilé.

B. Structuration des systèmes de signes : le puzzle du sens !

La sémiologie du théâtre ne se contente plus de balancer des hypothèses floues : elle veut découper le spectacle en tranches bien définies. C'est comme un bon vieux puzzle où on joue sur les oppositions entre les systèmes de signes(gestes vs parole, musique vs décor) et on s'intéresse à ce qui se passe entre ces systèmes : les décalages, les rythmes, les transitions… En gros, comprendre un spectacle, c’est comprendre comment chaque élément s’emboîte avec les autres. Et pour cela, on sort la panoplie des critères : narratifs, dramaturgiques, gestuels et prosodiques. À vos marques, prêts, découpez !

C. Ramifications de la sémiologie : bienvenue dans le bazar des disciplines !

La sémiologie théâtrale ne fait plus cavalier seul. Elle se ramifie en un bel enchevêtrement de disciplines, chacune apportant un éclairage particulier :

  • La pragmatique, qui étudie les interactions et le sens contextuel.
  • La théorie de l’énonciation, pour comprendre comment le message est délivré.
  • La sociocritique, qui analyse les aspects sociaux et politiques du théâtre.
  • La théorie de la réception, pour observer comment le public reçoit et interprète la représentation.
  • Les théories relationnelles, qui, inspirées de la phénoménologie, nous rappellent que ce que nous percevons sur scène dépend aussi de notre propre expérience et de notre subjectivité.

 

En résumé : la sémiologie théâtrale se diversifie pour mieux comprendre toutes les couches complexes du phénomène théâtral. Mais attention, ce n'est pas un éclatement, c'est plutôt une spécialisation qui enrichit la discipline !

 


Les tentations et prolongements de la sémiologie théâtrale : un grand écart entre ambition et chaos

Ah, la sémiologie théâtrale, cette discipline à la fois fascinante et un peu perdue, qui n’arrête pas de se poser des questions existentielles. Après des tentatives pour enfermer le théâtre dans des systèmes clairs et rigides, on arrive aujourd’hui à plusieurs tentations qui balancent entre révélation et crise. Oui, c’est le moment de discuter de ces prolongements et éclatements qui viennent chatouiller la discipline.

A. La tentation pédagogique : le risque de devenir une école du spectateur

La sémiologie, qui n’était au départ qu’un moyen de décortiquer les représentations théâtrales, a évolué vers un terrain plus… pédagogique. Fini le langage complexe réservé à des spécialistes ! Place à des questionnaires et à des méthodes pour former les spectateurs. Voilà que la sémiologie devient une sorte de guide pour les novices du théâtre, selon Anne Ubersfeld. Mais là, attention : est-ce une révolution ou un suicide de la discipline ? Certains, comme Marco De Marinis, y voient un détournement vers une pédagogie normative du spectacle, mais d’autres préfèrent y voir un moyen de rendre la sémiologie utile à tous, sans perdre sa richesse. À vous de choisir votre camp !

B. La tentation antithéorique : l'appel du "je-ne-sais-quoi"

Il y a ceux qui, face à la complexité de la sémiologie, en ont marre de tout rationaliser. Ces critiques prônent un retour à l’indicible, à cette "pure présence" qu’on ne peut pas vraiment décrire. Certains, comme B. Dort, estiment que la sémiologie nous fait perdre l’essence même du théâtre en tentant de le réduire à un texte scénique. L’idée ? Quitter cette vision trop théorique et redonner de l’importance à l’ineffable, à ce qui échappe à toute explication. Et peut-être qu’on en est là, dans un vide conceptuel, en quête de ce qui fait vibrer un spectacle sans le décortiquer.

C. La critique du signe : de l’Artaud à Lyotard, une quête de l’indescriptible

Et puis il y a ceux qui remettent carrément en cause la notion même de signe. Artaud, avec son idée de hiéroglyphes, rêve d’un système où chaque geste et chaque objet scénique serait à la fois directement lisible et symbolique. Un peu comme si on pouvait voir la scène avec un détour vers l’iconographie la plus pure. Mais attention : cette quête de signes « parfaits » est remise en cause par Derrida et Barthes, qui trouvent que le signe ferme le texte, limitant ainsi la richesse de l’interprétation. Lyotard, quant à lui, rêve de désémiotiser le théâtre pour ne plus le réduire à un système de signes à décoder. Il imagine un théâtre énergétique, où l’intensité de la présence prime sur la signification. Est-ce une utopie ? Peut-être. Mais l’idée est séduisante : un théâtre sans codes fixes, juste des expériences viscérales, brutes, et sans explication.

D. La crise du signe : la sémiologie sur la sellette

Malgré ces tentations, la sémiologie est en crise. Raimondo Guarino voit la sémiologie substantielle gouvernée par des notions dépassées comme la substitution (un signe remplaçant un autre). On se retrouve avec une discipline qui ne sait pas comment allier la matière du spectacle et son sens, et qui n’arrête pas de chercher de nouveaux modèles. Le problème ? Pas facile de sortir de ce labyrinthe théorique. Certains imaginent une théorie des affects, qui se concentrerait uniquement sur les émotions ressenties par le spectateur, mais est-ce une vraie solution ou un détournement vers la psychologie de l’art ?

 


Vers une sémiologie intégrée : le passage à une approche dynamique et fluide

La sémiologie théâtrale, après avoir été mise à l’épreuve de nombreuses critiques, semble aujourd’hui se réinventer, adoptant une approche plus fluide, intégrée et ouverte. L’idée principale ici est de dépasser une vision statique des signes et de les voir non seulement comme des éléments à déchiffrer, mais comme des opérations dynamiques en constante interaction.

A. Une approche structurée mais fluide : la mise en scène comme opération

La mise en scène n’est plus vue comme un simple agencement de signes, mais comme un ensemble d’opérations structurales, où chaque geste, chaque objet, chaque lumière, chaque mouvement sont des vecteurs qui font circuler du sens et des énergies. La différence entre métonymie et métaphore, concepts empruntés à la rhétorique, devient ici essentielle. On parle de déplacement (métaphore) et de condensation (métonymie), pour rendre compte de la manière dont les éléments sur scène se combinent, se déplacent, se transforment, et interagissent dans un spectacle.

Ces vecteurs sont organisés selon quatre catégories :

  1. Vecteur-connecteur : établit des liens.
  2. Vecteur-accumulateur : empile et accumule des significations.
  3. Vecteur-sécateur : coupe, brise une unité pour en faire émerger une autre.
  4. Vecteur-embrayeur : entraîne, initie une action ou un mouvement.

L’objectif ici est de repérer la vectorisation des signes, c’est-à-dire comment ces éléments se déplacent et s’organisent, sans chercher à leur attribuer un sens définitif ou fermé.

B. Un mélange entre sémiologie et énergie : la circulation du sens

L’un des aspects les plus fascinants de cette sémiologie intégrée est l’introduction de l’idée de flux énergétique. Contrairement à une sémiologie traditionnelle qui s’intéresse uniquement à l’identification et à l’analyse des signes, cette approche inclut des éléments plus fluides et imprévisibles. L’énergie, les pulsions et les mouvements sous-jacents deviennent des vecteurs eux-mêmes, capables de transporter à la fois sens et sensations à travers le spectacle.

Cette énergie est entendue comme une force qui circule à travers les réseaux sémiotiques, et qui fait fonctionner la mise en scène à un niveau physique, émotionnel et intellectuel.

C. Le vecteur et le désir : une rencontre entre le créateur et le spectateur

Le vecteur n’est pas seulement un élément structurel, il est aussi le porteur du désir. Il incarne l’intention esthétique et créative du metteur en scène ou de l'acteur, mais aussi la réceptivité et le désir du spectateur. Ce désir crée un jeu constant entre la production de sens et la réception de ce sens.

On parle ici de désir esthétique, de l’expérience vécue par celui qui crée (le metteur en scène) et celui qui reçoit (le spectateur), les deux étant constamment interdépendants.

D. La tension entre sémiotisation et désémiotisation : le corps du théâtre

Un autre aspect clé de cette nouvelle sémiologie est le jeu entre sémiotisation et désémiotisation. Ici, la scène et la matière (les objets, les corps, les lumières) sont vues à la fois comme des signes, mais aussi comme des éléments matériels qui renvoient à une réalité palpable. Le processus de sémiotisation (transformer une matière en signe) est constamment inversé par la désémiotisation, où le signe perd son pouvoir de signification et retourne à une matière brute. Ce mouvement va et vient entre le symbolique et le réel, entre ce qui veut dire quelque chose et ce qui ne veut rien dire, mais qui fait ressentir quelque chose.

E. L’oxymore théorique : une nouvelle crise productive

Les tensions créées par ces concepts — signe et énergie, sémiologie et énergétique, vecteur et désir — ne font pas que critiquer la sémiologie classique, elles en deviennent aussi une richesse, une contradiction productive. Ces oxymores (des paires de concepts opposés) mettent en lumière l’évolution de la sémiologie théâtrale, suggérant qu’une réflexion sur le signe ne doit plus être figée, mais en constante mutation. Il ne s'agit pas de chercher à dépasser la sémiologie pour une autre discipline, mais de réexaminer et d’ouvrir la sémiologie classique, en intégrant ces nouvelles dimensions d'énergie, de désir et de flux.


Références bibliographiques


Créez votre propre site internet avec Webador