L'après-spectacle
Après le spectacle, on réfléchit avant de juger
Imaginez : vous sortez d’une pièce de théâtre et les impressions fusent. Pourtant, avant de dire trop vite « J’ai adoré » ou « Ce n’était pas pour moi », il est essentiel de prendre le temps d’observer et d’analyser.
Première étape : se remémorer
On reconstruit ensemble le spectacle en partageant nos souvenirs. Qui a fait quoi ? Comment étaient les décors, les lumières, les gestes des comédiens ? Cette mise en commun permet de ne rien oublier et d’enrichir notre perception.
Deuxième étape : analyser
Quels choix artistiques ont été faits ? Quels effets produisent-ils sur le spectateur ? Chacun exprime ses émotions et ses réflexions en s’appuyant sur des éléments concrets de la représentation.
Troisième étape : s’exprimer
Il ne s’agit pas simplement de critiquer mais d’apprendre à parler du spectacle avec précision. Une critique pertinente repose sur une véritable attention portée à la mise en scène et à ses signes.
La description chorale
Décrire un spectacle ensemble, sans juger, mais avec précision, est un exercice peu courant en classe. Pourtant, il est essentiel pour analyser le processus de création.
Un exercice d’attention et de mémoire
La description chorale mobilise l’écoute et la mémoire collective. Chacun apporte une pièce du puzzle : des images, des sons, des moments-clés ressurgissent grâce aux contributions de tous.
Un entraînement à l’expression et à l’analyse
Cet exercice apprend à parler avec rigueur, à structurer sa pensée et à s’exprimer avec précision. Il développe le vocabulaire, l’aptitude à décrire et à analyser sans tomber dans la critique immédiate.
Un outil pédagogique aux multiples bénéfices
Au-delà du spectacle, la description chorale renforce des compétences essentielles : prise de parole, communication, échange d’idées et apprentissage citoyen. Elle engage toute la classe, favorise l’écoute et dynamise les discussions.
La description chorale : un cadre précis pour un exercice riche
La description chorale se mène en classe sur une séance d’une à deux heures, peu après la représentation, idéalement le lendemain ou quelques jours plus tard. Trop attendre risquerait d’appauvrir les souvenirs.
Un rôle d’animateur plutôt que de maître
Le professeur ne se place pas comme détenteur du savoir, mais comme un guide qui accompagne la réflexion collective. Philippe Meirieu parle de l’animateur comme de « celui qui enseigne ce qu’il ignore ». Cela implique une posture d’égalité avec les élèves : sortir de l’estrade, s’insérer dans le cercle de discussion, aménager la classe pour favoriser un échange fluide et respectueux.
Un cadre rigoureux pour une parole précise
L’objectif n’est pas de livrer une critique mais de reconstruire le spectacle avec des descriptions précises, sans jugement personnel. Dire « j’ai aimé » ou « je n’ai pas aimé » est donc exclu. Cependant, des propositions d’interprétation sont acceptées si elles restent formulées comme des hypothèses.
Un exercice qui développe de nombreuses compétences
Ce travail favorise l’apprentissage de l’expression orale, de la rigueur dans la pensée et du vocabulaire spécifique au spectacle. L’animateur aide les élèves à trouver le mot juste, et un travail préalable sur le lexique peut enrichir l’exercice. Progressivement, les élèves affinent leur capacité à analyser et à s’exprimer avec précision.
Une description progressive et structurée
La description chorale suit un déroulement précis, en commençant par les éléments les plus objectifs avant d’aborder des aspects plus détaillés.
Une approche du général au particulier
On débute par l’espace théâtral : l’agencement de la scène, la scénographie, puis les accessoires non directement liés au jeu des comédiens. Ensuite, l’attention se porte sur les éléments techniques : lumière, son, costumes, projections, accessoires et machinerie.
L’observation du jeu des comédiens
Après ces éléments matériels, la description se focalise sur les personnages et les comédiens, en détaillant leur apparence, leurs costumes, leur gestuelle et leur voix. Cette progression garantit une analyse rigoureuse et collective du spectacle.
Un exercice sans conclusion figée
La description chorale ne se clôture pas sur une synthèse définitive. Une fois le temps imparti écoulé, l’exercice s’arrête là où en est la description, sans être repris en classe. Cependant, il amorce une réflexion qui continue individuellement après la séance.
Une ouverture idéale vers l’équipe artistique
Dans l’idéal, cet exercice se prolonge par une rencontre avec les artistes et techniciens du spectacle. Cette étape permet d’approfondir la compréhension du processus de création, mais elle n’est pas toujours réalisable.
Les activités de vocabulaire
Être spectateur, ce n’est pas seulement regarder une pièce, c’est aussi savoir en parler avec précision. Pour cela, l’acquisition d’un vocabulaire adapté est essentielle : trouver le mot juste, éviter les répétitions, utiliser des synonymes pertinents.
Un apprentissage progressif du vocabulaire théâtral
Les activités d’expression après le spectacle nécessitent une maîtrise du lexique technique. Ce vocabulaire se construit au fil des représentations et des échanges. On peut, par exemple, élaborer des fiches de vocabulaire à réutiliser dans des écrits ou des débats. Après une description chorale, la classe peut aussi établir une liste de mots-clés en lien avec le spectacle vu.
Une approche active et contextualisée
L’enseignant peut sélectionner une dizaine de mots liés au spectacle et les soumettre à discussion : quelle est leur signification ? Comment s’inscrivent-ils dans l’histoire des arts ou dans l’expression des émotions ? Sont-ils associés à un moment précis, à un personnage, à une réaction du public ?
Un outil pour approfondir l’analyse et structurer la parole
Ces mots-clés servent d’accroche pour l’analyse du spectacle, facilitent la prise de parole et aident à explorer des aspects moins évidents. En manipulant, commentant et réutilisant ces termes dans leurs réflexions, les élèves s’approprient un vocabulaire plus riche, qu’ils retiendront et mobiliseront plus aisément par la suite.
La collection d'objets
Réaliser une collection d’objets après un spectacle permet de garder une trace concrète de ce qui a été vu sur scène. Cet inventaire peut être double : d’une part, rassembler des objets réellement présents dans la mise en scène ; d’autre part, sélectionner des objets symbolisant la pièce et son atmosphère.
Une variété de formes et d’usages
Cette collection peut prendre différentes formes : une simple liste de mots, un collage d’images, des dessins, ou encore des objets concrets apportés en classe et comparés entre élèves. En plus de stimuler la mémoire, cette activité entraîne l’observation et permet de créer des panneaux originaux qui rendent compte du spectacle de manière visuelle et créative.
Un premier pas vers l’analyse scénographique
Choisir un objet, c’est aussi réfléchir à son rôle dans la mise en scène. Pourquoi cet élément a-t-il été utilisé ? Quelle fonction remplit-il dans l’univers du spectacle ? Ce travail aide les élèves à mieux comprendre la scénographie, notion parfois abstraite à appréhender.
Un support pour la discussion et l’interprétation
Les objets peuvent également servir à exprimer des idées plus symboliques : représenter un personnage, une ambiance, une émotion. En confrontant leurs choix et en expliquant leurs points de vue, les élèves développent leur capacité d’argumentation et apprennent à respecter les interprétations des autres.
Un moyen d’expression accessible à tous
Mettre des mots sur une impression ou un ressenti peut être difficile. La collection d’objets offre une alternative où chacun peut s’exprimer autrement, en manipulant des éléments concrets. Ce détour par l’objet permet parfois de révéler ce qui aurait été plus complexe à verbaliser directement.
Le jeu dramatique et le jeu théâtral
Le jeu dramatique permet aux élèves de revisiter un spectacle vu en le rejouant à leur manière. Cet exercice, qui convoque l’imaginaire et le collectif, s’appuie sur une image marquante, un personnage, une situation ou un mot-clé repéré pendant la représentation.
Un travail en groupe pour stimuler l’écoute
Dans le cadre de la classe, cet exercice ne peut être mené individuellement. Il doit donc être réalisé en petits groupes (5 à 6 élèves), ce qui nécessite écoute et respect mutuels. Des exercices d’échauffement sont recommandés pour faciliter cette dynamique, et l’intervention d’un comédien ou d’un animateur extérieur peut être un atout précieux.
Un jeu qui ne se limite pas à la reproduction
Les élèves ne doivent pas simplement imiter une scène du spectacle. L’objectif est plutôt d’improviser une séquence nouvelle, inspirée d’un élément marquant du spectacle, en y intégrant leur ressenti et leur interprétation. Ce travail favorise la créativité et l’expression personnelle.
Un exercice à préparer avec soin
Il est conseillé d’introduire ces activités avant la représentation, voire la veille, afin d’installer une dynamique de groupe propice au jeu. Après le spectacle, les élèves disposent de quelques minutes pour préparer leur séquence avant de la présenter devant la classe.
Un échange enrichissant avec les artistes
Si l’occasion se présente, ces performances peuvent être montrées aux artistes du spectacle, ouvrant ainsi un dialogue passionnant entre acteurs et spectateurs. Ce retour permet de confronter les perceptions et d’approfondir l’analyse du spectacle de manière vivante et interactive.
Les écritures d'invention
Le spectacle vivant, en parlant directement à la sensibilité et à l’imaginaire, incite les élèves à exprimer ce qu’il a suscité en eux, que ce soit par l’image, l’émotion ou la réflexion. L’objectif est de faire émerger cette expérience intérieure à travers des activités d’écriture et d’invention. L'écriture ne doit pas être une simple formalité, mais un moyen d’approfondir les résonances personnelles face à la représentation.
Des consignes qui font appel aux émotions et aux perceptions
Les consignes d’écriture doivent être fondées sur l’atmosphère ressentie, les perceptions et les émotions vécues durant le spectacle. Cela peut se traduire par des genres et formes variés, en fonction des élèves et du spectacle. Voici quelques propositions pour nourrir la créativité :
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Reconstituer les émotions d’un personnage – Écrire ce qu’un personnage pourrait ressentir dans l’univers du spectacle, en se concentrant sur ses perceptions et ses réactions.
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Donner une voix à un objet – Imaginer ce que dirait un objet ayant pris une place particulière dans le spectacle, en le faisant parler comme s’il avait sa propre histoire.
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Imaginer de nouveaux personnages – Créer des personnages dans un contexte différent mais dans une situation semblable à un moment clé du spectacle.
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Explorer le hors-scène – Écrire un texte descriptif ou poétique sur ce qui pourrait se passer hors de la scène, dans les coulisses, ou ce que les personnages vivent au-delà de ce qui est montré.
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Écrire un texte rimé à partir de mots clés – Choisir collectivement des mots importants du spectacle et les utiliser pour créer un texte rimé ou poétique.
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Réaliser un abécédaire – Inventer un abécédaire qui répertorie des mots ou des concepts clés liés à la représentation, un pour chaque lettre.
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Faire un acrostiche – Créer un acrostiche à partir du titre du spectacle ou d’un mot ou phrase significatifs du spectacle.
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Réaliser un calligramme – Dessiner une image à partir d’un élément scénographique important du spectacle, en jouant avec les mots et la forme.
Les réalisations plastiques
Après un spectacle, tout comme après des lectures, il est essentiel d’évaluer comment les élèves ont compris et intégré les thèmes ainsi que l’esthétique de l’œuvre. Le recours aux activités plastiques, comme le dessin ou l’illustration, est une excellente manière de permettre à chacun d’exprimer sa sensibilité et de matérialiser son intérêt pour ce qui a été vu. Ces exercices aident à approfondir la compréhension du spectacle de manière visuelle et personnelle.
Des propositions variées pour stimuler la créativité
Voici quelques consignes de création plastique qui permettent aux élèves d'explorer leur perception du spectacle :
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Proposer une autre affiche – Créer une nouvelle affiche pour le spectacle, en utilisant des éléments qui, selon eux, en expriment le mieux l’essence et l’atmosphère.
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Dessiner un élément absent mais essentiel – Illustrer un objet ou une scène qui n’apparaît pas sur scène, mais qui est crucial pour l’histoire, afin d’imaginer son rôle.
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Illustrer un élément marquant de la scénographie – Choisir un aspect de la scénographie, tel qu’un décor ou un élément particulier, et le dessiner, en montrant son impact visuel.
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Proposer un autre costume ou décor – Imaginer un costume alternatif pour un personnage ou un décor différent pour une scène, en fonction de leur interprétation de l’œuvre.
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Imaginer un moment avant ou après la pièce – Dessiner une scène ou un personnage avant ou après l’action du spectacle, en anticipant ce qui n’a pas été montré.
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Dessiner un décor suggéré mais non montré – Illustrer un décor qui, bien que mentionné dans l’histoire, n’est pas représenté sur scène : un jardin, une autre pièce, une rue, ou un espace extérieur.
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Créer un objet symbolique – Dessiner un objet qui représente le thème ou un élément clé du spectacle, en associant à ce dessin des couleurs qui évoquent l’ambiance ou l’émotion de la pièce.
Justification du choix artistique
Dans tous les cas, il est important de demander aux élèves d’accompagner leurs dessins d’une justification, en expliquant pourquoi tel élément a été choisi et comment il se rapporte au spectacle. Cela permet non seulement de clarifier leur compréhension du spectacle, mais aussi de les amener à réfléchir sur la portée symbolique ou implicite des éléments qu’ils ont perçus, souvent difficiles à théoriser par des mots seuls.
L'étude du texte et de sa représentation
Après un spectacle, il peut être très enrichissant de réaliser un travail comparatif entre le texte de l’auteur et la mise en scène présentée. Ce processus permet aux élèves de prendre conscience de l’importance de la mise en scène, qui livre une vision et une interprétation unique de l’œuvre. Une œuvre littéraire, souvent perçue comme figée dans sa version écrite, prend une tout autre dimension sous l’œil du metteur en scène.
L’étude des didascalies : un outil clé
Ce travail peut commencer par l’analyse des didascalies, ces indications laissées par l’auteur sur le décor, les costumes ou les déplacements des comédiens. Lorsque les didascalies sont abondantes et précises, elles peuvent servir de point de départ pour cette analyse. Par exemple, on pourrait demander aux élèves de lire une didascalie qui décrit le décor initial, puis de réaliser un premier croquis fidèle à cette description. Ensuite, ils pourront créer un deuxième croquis en imaginant le plateau tel qu’il apparaît après la mise en scène, en observant les choix opérés par le metteur en scène.
Étudier une scène clé
Il peut également être pertinent de se concentrer sur une scène clé du spectacle. Les élèves relisent alors le texte correspondant et le comparent à ce qui a été mis en place sur scène : le décor, les costumes, le placement des comédiens, ainsi que le ton et les répliques mises en valeur. Cette comparaison met en lumière les choix du metteur en scène et leur impact sur la compréhension du texte, ce qui permet de faire émerger la dimension créative de la mise en scène.
Émerger la création de la mise en scène
Au fur et à mesure de ce travail, les élèves découvriront que la mise en scène est bien plus qu’un simple support à l’œuvre écrite : elle est une création à part entière qui transforme l’interprétation du texte, et offre une vision unique de l’histoire. Ce travail comparatif aide les élèves à développer une compréhension plus fine de la relation entre texte et spectacle vivant.
Ouverture culturelle
Les activités menées après un spectacle permettent souvent de mettre en lumière des choix de mise en scène qui reposent sur des références, parfois explicites, parfois implicites, de la part des artistes. Ces références peuvent être culturelles, historiques ou théâtrales, et les comprendre enrichit l’analyse de la représentation tout en développant les compétences des spectateurs.
Explorer les origines des choix artistiques
Il est intéressant de se pencher sur les origines de ces choix. Parfois, des pratiques similaires se retrouvent d'un spectacle à l'autre, et il peut être tentant de les interpréter comme de simples effets de mode. Cependant, il est plus pertinent de se demander s’il ne s’agit pas de la réactualisation ou de l’évolution d’une tradition théâtrale spécifique. Identifier une tradition ou une influence permet de mieux saisir le sens des procédés qui peuvent, à première vue, surprendre, déstabiliser ou même déranger le public.
Un travail de recherche et d’accompagnement
Ce travail peut être mené sous la forme de recherches des élèves, qui se plongent dans l’histoire du théâtre ou dans l’étude des choix artistiques d’un metteur en scène. Le professeur peut aussi apporter des éléments de réponse, en contextualisant certaines pratiques ou en expliquant leur origine. Cela permet aux élèves de mieux comprendre la richesse de la mise en scène et de se rendre compte qu’il existe une continuité et une transmission des formes artistiques dans le monde du théâtre.
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