Approche anthropologique
L'anthropologie théâtrale : Quand le théâtre se prend pour un laboratoire
Alors, l’anthropologie théâtrale, c’est un peu comme un expérience scientifique, mais avec des gens qui jouent à être des gens… qui jouent à être d’autres gens. Autrement dit, c'est l’étude des comportements humains sur scène, dans le cadre de "la simulation" théâtrale. L’idée, c’est de comprendre comment les acteurs, en jouant des rôles différents, nous montrent comment les individus agissent dans la société. Et ça, c’est une sacrée expérience !
Imaginons : SCHECHNER (un grand nom de l’anthropologie théâtrale) a une idée brillante. Il dit qu’à force de jouer la comédie, le théâtre et l’anthropologie deviennent un peu comme des jumeaux. Oui, le théâtre devient de plus en plus "anthropologique", et l’anthropologie elle-même se fait de plus en plus théâtrale. Voilà le point de départ de l’anthropologie théâtrale.
Mais, et là, accrochez-vous…
Le terrain, c’est pas aussi simple que ça. Certes, l’idée d'étudier comment l’individu et le groupe interagissent par le biais du théâtre est très intéressante… mais en pratique, c’est un peu comme une forêt vierge impénétrable. On ne sait jamais si on va tomber sur un animal sauvage ou si on va juste… se perdre. Et voilà pourquoi l’anthropologie théâtrale, même si elle a de grandes ambitions, n’est pas encore une discipline super organisée. C’est un peu comme une idée brillante qui attend encore d’être bien cultivée.
Le coup de génie d’Eugenio Barba (et ses amis de l’ISTA)
Heureusement, un certain Eugenio Barba a dit : "Eh, on va organiser tout ça!" Et donc, en 1980, il crée l’ISTA(International School of Theatre Anthropology), qui est un laboratoire où des acteurs et des chercheurs se retrouvent pour mélanger le théâtre et l’anthropologie. C’est un peu comme un stage de théâtre où, au lieu de seulement apprendre à jouer Hamlet, tu étudies aussi comment ton corps et ton esprit réagissent quand tu montes sur scène. Oui, tout est question de présence physique et mentale (comme quoi, être acteur, ce n’est pas seulement dire des répliques).
En fait, Barba et Savarese (en 1985) ont écrit un livre super complet, où ils détaillent le programme de l’anthropologie théâtrale. Ce programme s’intéresse à l’étude du comportement biologique (ton corps sur scène) et culturel (ton esprit en train de jouer un rôle) de l’homme lorsqu’il se trouve dans une situation de représentation (donc, quand il joue la comédie, quoi). Et là, on entre dans des principes de théâtre complètement différents de ceux de la vie de tous les jours.
Pourquoi l’anthropologie théâtrale a vu le jour : Un retour aux origines, un peu de sacré et de mystère
L'anthropologie théâtrale, c’est un peu comme un archéologue du théâtre, qui fouille dans le passé pour retrouver l’essence du spectacle. Mais attention, on ne parle pas ici d'un simple retour aux racines grecques ou d’une analyse des origines du théâtre. Non, c’est bien plus que ça ! À partir du XXe siècle, des penseurs comme Artaud se sont dit : « Et si on allait un peu voir ce que font les autres cultures, les cultures exotiques ? » Un peu comme un touriste du savoir qui s’intéresse aux pratiques théâtrales de sociétés lointaines, histoire de secouer un peu les vieux modèles occidentaux. Artaud et d'autres, comme Freud, ont senti qu’il y avait un malaise dans la civilisation : la culture ne collait plus à la vie réelle. Le théâtre, selon eux, devenait un espace expérimental, presque ethnologique, pour comprendre l’humain dans sa relation au groupe, et l'acteur en particulier.
Une petite cure de détox logique :
Ok, mais pourquoi tout ça ? D’abord, certains pensaient que la logique rationnelle ne suffissait plus à tout expliquer. C’est là que des penseurs comme Jung, Kerényi ou Eliade sont intervenus pour dire : « L’expérience humaine, ça ne se limite pas aux concepts et à la logique. Il y a des choses qu’on ne peut pas décrire avec des mots, mais qu’on peut ressentir, comme une sorte de sacré qui dépasse la simple raison ». Cette quête du sacré dans le théâtre ? Parfois, elle se cache derrière une mauvaise conscience de l’Occident face aux cultures dites primitives. Le théâtre est alors perçu comme un espace de retour à l’authenticité des rapports humains. Borie (1980) dit bien que, même avant Artaud, certains ont vu le théâtre non plus comme un lieu de parole, mais comme un lieu de contact physique et concret. En gros, le théâtre, c'est un peu comme un rituel ancien où on peut retrouver quelque chose de pur, de vrai. Et qui ne rêve pas de vivre une performance théâtrale qui te secoue jusqu’au fond de ton âme ?
Le sacré, ça se parle, mais avec des mots bien spéciaux :
Et comme il n’est pas question de tout ça dans un langage ordinaire, l’anthropologie théâtrale a donc cherché un nouveau langage : pas de la simple communication, mais quelque chose de primitif, de précieux. On parle ici de cérémonie théâtrale, avec des signes mystérieux et codés. Artaud, par exemple, voulait briser le langage pour « toucher la vie », pour que le théâtre devienne mystérieux, qu’il devienne magique. Cela nécessite une préparation, car ce n'est pas à la portée de tous. L’acteur, dans ce contexte, devient presque un prêtre qui exprime l’indicible, quelque chose qui échappe à la rationalité.
Conditions épistémologiques de l’anthropologie théâtrale : Comment on regarde l'acteur, comment on le mesure
L'anthropologie théâtrale cherche à comprendre le corps de l’acteur et comment il se manifeste pendant une représentation. Mais avant tout, elle s’appuie sur quelques fondations théoriques et épistémologiques.
A. Nature de l’anthropologie : Trois visions de l’Homme
L'anthropologie se divise en trois grands domaines : physique, philosophique et culturelle. Alors, qu’est-ce qui distingue l’anthropologie théâtrale ? Cette dernière se situe entre les dimensions physiologique (le corps de l’acteur) et culturelle (comment cette culture façonne ce corps). L’anthropologie théâtrale de Barba, par exemple, tente d’examiner le corps de l’acteur dans sa dimension vécue et dans la représentation théâtrale. Mais comment étudier ce corps ? Doit-on mesurer ses réactions physiologiques comme le rythme cardiaque ou se limiter à une analyse morphologique ? Barba s’interroge ici, car les études physiologiques ont rarement pris en compte les aspects sociaux et culturels de l'acteur.
B. Choix du point de vue : Observer de l’intérieur
L'anthropologie théâtrale ne se contente pas de l'observation extérieure. Elle se positionne de manière subjective, à la fois de l’intérieur (du point de vue de l’acteur) et de l’extérieur (du point de vue du spectateur). Selon Taviani (dans Barba et Savarese, 1985), l’important n'est pas de voir le spectacle comme un ensemble de signes à analyser, mais de se concentrer sur ce que l’acteur perçoit et ressent pendant sa performance. Le feed-back entre l’acteur et le spectateur devient essentiel. En d'autres termes, l'anthropologie théâtrale veut comprendre comment l’acteur expérimente sa propre pratique théâtrale et comment cette expérience subjective influe sur sa performance. C’est une approche empirique du phénomène théâtral.
C. La "technique du corps" : Quand la culture façonne le corps
Barba, influencé par Mauss, reprend le concept de "techniques du corps", en se concentrant sur la différence entre le corps dans la vie quotidienne et le corps dans la représentation théâtrale. Mais l’idée qu’il y ait une transformation radicale du corps lorsqu’il passe de la vie quotidienne à la scène est un peu floue. Le corps reste influencé par sa culture d’origine, même sur scène. Par exemple, les gestes quotidiens, empreints de la culture d'un acteur, se retrouvent sur scène. Barba semble suggérer une distinction entre ces deux types de corps, mais il est difficile de les séparer complètement. La représentation ne fait pas table rase des comportements culturels de l’acteur. Cette distinction entre le quotidien et la représentation soulève la question de savoir si le corps en représentation n’est pas déjà expressif de manière non intentionnelle. Après tout, le corps sur scène est toujours un corps culturellement marqué.
D. Universaux culturels : Une recherche de points communs
Enfin, Lévi-Strauss et Barba cherchent ce qui pourrait être transculturel dans les pratiques théâtrales. Si chaque culture façonne ses techniques corporelles de manière spécifique, Barba et Grotowski estiment qu’il existe des éléments communs, des principes universels qui se manifestent à travers les traditions théâtrales, bien que les formes de ces traditions puissent varier d’une culture à l’autre. Ce que Barba appelle le "niveau préexpressif" de l’acteur pourrait en être un exemple : un type d’énergie ou de présence corporelle qui, avant toute représentation consciente, capte l’attention du spectateur. Cette présence pourrait bien être un élément universel, commun à toutes les cultures théâtrales.
Autres perspectives : L'origine du théâtre et les limites de l'anthropologie théâtrale
A. Retour sur la question des origines : Théâtre et rituel
L’une des questions fondamentales de l'anthropologie philosophique a toujours été celle des origines. Au XVIIIe siècle, le débat portait sur l’origine des langues, et une question similaire traverse encore les réflexions sur l'origine du théâtre. Des auteurs comme Nietzsche (1872) ont posé les bases de cette réflexion, cherchant à comprendre comment le théâtre a évolué à partir de ce qui pouvait être des rites religieux ou des cérémonies. Ce que l’on appelle le préhistorique du théâtre ou le préhistorique du spectacle (comme le désigne Schaeffner) suggère que le théâtre serait une sécularisationprogressive de ces rites ou cérémonies.
Une question centrale reste : le théâtre moderne a-t-il conservé des traces de ses origines rituelles ? En effet, Benjaminet Brecht, bien que proches sur bien des points, s'opposent sur ce sujet. Benjamin, dans son essai sur l'art à l'époque de sa reproduction mécanisée (1936), soutient que toute œuvre d’art, y compris le théâtre, a son origine dans le rituel, même lorsqu'elle se dématérialise ou se mécanise : "le fondement du rituel se reconnaît même dans les formes les plus profanes de beauté". En revanche, Brecht considère que le théâtre s’est émancipé des rites religieux et qu’il a quitté cette dimension pour devenir une forme de plaisir purement profane. Pour Brecht, l'idée que le théâtre soit issu des mystères religieux ou des cultes ne peut pas être retenue. Brecht semble ignorer ou sous-estimer la dialectique entre le sacré et le profane, qui a réapparu dans des pratiques théâtrales contemporaines comme celles de Artaud, Brook ou Grotowski.
Certaines perspectives vont même jusqu’à soutenir que le théâtre n’est jamais véritablement sorti du culte, car le culte, à ses débuts, était déjà une forme théâtralisée. C'est la thèse de Paul Stefanek, qui propose que le théâtre reste intrinsèquement lié aux origines religieuses. L’idée de Schechner sur la théâtralisation de l’anthropologie et l'anthropologisation du théâtre vient en quelque sorte boucler la boucle, créant une interdépendance et une circulationcontinue entre les deux.
B. Limites et perspectives de l’anthropologie théâtrale
L’anthropologie théâtrale, telle qu’elle a été développée par Barba et ses collaborateurs de l'ISTA, a eu le mérite de remettre en question certains aspects fondamentaux de l’esthétique occidentale. Des concepts comme l'identification et la psychologie de l'acteur, ainsi que la question de l’illusion théâtrale et de la caractérisation, ont été profondément réinterrogés, allant au-delà des théories classiques qui ont dominé la réflexion théorique du théâtre depuis Aristotejusqu’à Brecht.
Cependant, l'anthropologie théâtrale de Barba présente des limites. Elle s’appuie principalement sur les traditions orientales et n’éclaire que partiellement le comportement de l'acteur occidental. En fait, on a souvent l’impression que l’anthropologie théâtrale opère un glissement conceptuel, tant dans ses fondements épistémologiques que dans l’objetde l'étude. Cette tension est renforcée par une absence de référence à des anthropologues de premier plan comme Lévi-Strauss, Turner, Leroi-Gourhan ou Jousse, dont les travaux pourraient enrichir cette réflexion.
Malgré ces limites, l’anthropologie théâtrale, notamment à travers le travail de Barba et l’ISTA, se positionne comme l'une des réponses les plus ambitieuses aux théories politiques de Brecht et à la sémiologie fonctionnelle, apportant ainsi un éclairage original et structuré sur la dimension corporelle et culturelle de l’acteur dans la performance théâtrale.
Conclusion :
En somme, l’anthropologie théâtrale, bien qu’elle soulève des questions pertinentes sur les origines et la nature du théâtre, ainsi que sur le rôle du corps de l’acteur dans la représentation, reste confrontée à certaines limites. Elle ouvre cependant un dialogue intéressant sur l’évolution de l’art théâtral, la manière dont il s’est sécularisé à partir des rites religieux, et la manière dont le théâtre moderne continue de refléter cette tension entre le sacré et le profane.
Références bibliographiques



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